Glenn FORD est libéré !

Reconnu coupable – par la justice de Louisiane – du meurtre d’un bijoutier en 1983, Glenn Ford a passé 30 ans de sa vie dans les couloirs de la mort… jusqu’à ce qu’un témoignage incriminant le bon tireur parvienne aux policiers fin 2013.

«Glenn Ford est la preuve vivante que notre système judiciaire est totalement vicié», a réagi Thenjiwe Tameika McHarris de la section américaine d’Amnesty International.

L’ex-détenu avait toujours affirmé qu’il ne pouvait pas être coupable car il n’était pas sur les lieux du crime.

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Des avocats inexpérimentés, la rétention inexpliquée de plusieurs éléments à décharge dont un rapport de police spécifiant l’heure du meurtre et apportant des précisions sur l’arme du crime, un jury exclusivement blanc, sont autant de facteurs d’explication pour qu’un noir américain soit, en Louisiane, condamné à la peine capitale pour meurtre…

Après avoir été dans l’attente de son exécution durant 30 ans, Glenn Ford a été libéré mardi.

À sa sortie de prison, il s’est dit heureux mais aussi aigri par ses années d’incarcération qui l’ont privé de ses fils qu’il n’a pas vu grandir.

Actuellement 83 hommes et 2 femmes attendent d’être exécutés dans les prisons de Louisiane.

Jour de colère ! Herman Wallace est mort

« Il ne faut pas dire qu’un acte froisse la conscience commune parce qu’il est criminel, mais qu’il est criminel parce qu’il froisse la conscience commune.
Nous le réprouvons pas parce qu’il est un crime, mail il est un crime parce que nous le réprouvons » Emile DURKHEIM

« Je peux vous dire que j’ai compris pourquoi l’oiseau en cage chante. Il ne chante pas pour exprimer son bonheur. Non, son chant est un acte de défi. Il chante parce qu’il sait que ses ennemis sont faibles. » Herman WALLACE

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Herman WALLACE a qui nous avions dédié le concert du vendredi 4 octobre est décédé… à peine 3 jours après sa libération !

Nous l’avons appris à la sortie du concert et même si nous nous doutions de la brièveté de sa durée de vie une fois sorti, cette annonce s’accompagne d’une grande bouffée de colère.

Colère parce qu’Herman Wallace, afro-américain, a été condamné en 1974 pour le meurtre d’un gardien de prison, Brent Miller, par un jury composé exclusivement d’hommes blancs et qu’ « aucune preuve ADN ne le reliait au crime, pas même le couteau ou les empreintes digitales sanglantes retrouvés sur le lieu du crime. Il a été démontré par la suite que la déclaration du témoin principal avait été achetée par l’État en l’échange de faveurs, dont sa grâce. »

Qu’elle est la probabilité dans ce pays pour qu’un noir dans le périmètre du cadavre d’un blanc soit jugé coupable avant même parfois de connaître l’existence du meurtre ?

Colère parce qu’Herman Wallace « Immédiatement après le meurtre, a été placé en isolement cellulaire, dans une cellule de deux mètres sur trois, et confiné dans cet espace extrêmement réduit 23 heures par jour. On lui refusait non seulement toute possibilité d’interactions sociales mais également toute participation à des programmes de travail, d’études, et de réhabilitation. Pendant ces 41 années passées à l’isolement, il n’était autorisé à sortir de sa cellule que durant sept heures par semaine, réparties entre la douche et des sessions passées seul dans une enceinte extérieure. Au regard du droit international, ces conditions constituent un traitement cruel, inhumain et dégradant. »

Quelle est donc cette arrogance monstrueuse et cet acharnement insondable d’infliger à un homme un tel châtiment ?

Colère encore parqu’Herman Wallace « Pour ajouter à l’injustice, s’est vu refuser un examen significatif des raisons ayant motivé cette décision. Depuis 1972, la commission de révision de la prison a réexaminé et reconfirmé plus de 160 fois la décision initiale de maintien à l’isolement d’Herman Wallace. Ces examens ne respectaient en aucun point les obligations de procédure régulière prévues par la Constitution selon lesquelles auraient dû être menées des évaluations du comportement d’Herman Wallace à intervalle régulier afin de déterminer si l’isolement était toujours justifié.
La décision des autorités pénitentiaires de maintenir Herman Wallace à l’isolement ne pouvait pas être justifiée par son comportement. Les registres de la prison indiquaient qu’il n’avait commis aucune infraction disciplinaire pendant ces décennies et le dossier de la prison relatif à sa santé mentale précisait qu’il ne représentait aucune menace ni pour lui-même, ni pour autrui. En 2006, le directeur de la prison d’Angola, Burt Cain, a considéré que son dossier disciplinaire impeccable n’était pas à prendre en compte, et il a déclaré : « Son dossier […] n’a guère d’importance. C’est sa condamnation initiale qui fait qu’il se trouve là où il est, et qu’il va y rester. »

Quelle est donc cette incompétence sans fond, ce système juridique qui permet à une poignée d’hommes durant 41 ans (!) de se jouer (sans preuve !) de la vie d’un autre ? Un seigneur sanguinaire de la féodalité ? Non, une Bloody democracy !

Herman Wallace n’a jamais cessé de clamer son innocence dans l’affaire du meurtre de Brent Miller.

Cette lamentable histoire – comme bien d’autres… – devrait nous permettre de nous interroger sur ce qu’est un crime ? De quel côté est-il ? Cette question est d’autant plus cruciale que le 10 octobre prochain, nous commémorerons la 11ème journée mondiale contre la peine de mort

« L’étude du crime est un des éléments de première importance pour connaître et mesurer les valeurs courantes dans une société » disait Henri Lévy-Bruhl (juriste et sociologue français, considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie du droit moderne.)

Reste le rêve d’Herman Wallace, la maison dont y rêvait, la maison imaginée par un homme qui a passé 41 ans de sa vie confiné dans 5 m2 et dont Jackie Sumell a dessiné le plan, a réalisé une maquette et s’est promis de la construire… Un film retrace ce rêve de liberté « Herman’s House »

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Herman WALLACE : Libre après 42 ans d’injustice

Nous avons appris hier la libération d’Herman Wallace pour lequel nous avions tous signé en exigeant cet acte minimum d’humanité.

H. Wallace est un des « trois d’Angola » (avec Albert Woodfox et Robert King) dont nous avions exposé le cas sur ce lien et diffusé sa réponse à nos courriers.

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Pour mieux se rendre compte des conditions de détention à l’isolement, il faut lire cet article du Figaro

Le 1er octobre, le juge fédéral Jackson a cassé la condamnation d’Herman Wallace pour violation de ses droits constitutionnels et ordonné sa libération immédiate.
L’Etat de Louisiane a immédiatement fait appel de la décision, qui a été une nouvelle fois rejeté par le juge, dans la nuit de mardi à mercredi…

Il est aujourd’hui libre, mais mourant, après qu’un cancer du foie lui a été diagnostiqué en juin dernier.

Nicolas Krameyer d’Amnesty France nous affirme que – bien que malade – il est «pleinement conscient», «submergé de joie…. de retrouver ses proches…» et de «vivre ses derniers jours auprès d’eux, en homme libre». «Néanmoins, le fait que la justice ait triomphé à la dernière minute ne peut faire oublier les 42 ans d’injustice» qu’il a vécus, a nuancé Nicolas Krameyer.

Ci dessous, le courrier qu’Herman Wallace a adressé à Amnesty début septembre…

Samedi 31 août, j’ai été transféré à l’hôpital pour un bilan. On m’a informé que la chimiothérapie avait échoué et ne faisait qu’empirer les choses, de sorte qu’on a mis un terme à tout traitement. Les oncologistes ont déclaré que plus rien ne pouvait être fait pour moi au niveau médical, dans les limites des soins de base qu’ils ont l’autorisation d’administrer. Ils ont recommandé mon admission dans un hospice pour m’apporter autant de confort que possible pour mes derniers jours. On m’a donné deux mois à vivre.

Je veux que le monde sache que je suis un homme innocent et qu’Albert Woodfox est également innocent. Nous sommes deux parmi les milliers de prisonniers condamnés à tort qui sont retenus dans le Goulag américain. Nous nous associons à la douleur des familles de Brent Miller et des nombreuses autres victimes de meurtres qui ne pourront jamais faire le deuil de leurs proches à cause du système de justice pénal injuste de ce pays. Nous nous associons à la douleur des familles de ceux qui ont été injustement accusés et qui souffrent également de la perte d’un proche.

Sur l’ensemble, seule une poignée de prisonniers a réussi à tenir pendant ces longues et terribles années d’isolement cellulaire, comme celles qu’Albert et moi ont vécues. L’État a peut-être bien volé ma vie, mais mon esprit poursuivra le combat auprès d’Albert et des nombreux camarades qui nous ont rejoints au fil du temps ici, au fond du gouffre.

En 1970, j’ai fait le serment de consacrer ma vie à servir le peuple, et même si je suis à terre, je reste à votre service. Je veux tous vous remercier, vous, mes soutiens dévoués, pour m’avoir accompagné jusqu’à la fin.

Pour en savoir plus, cliquez ici

Des nouvelles d’Hank Skinner

En début d’année 2013, nous avions relayé l’appel de Sandrine Ageoges-Skinner pour le financement des tests ADN qui pouvaient innocenter Hank son mari qui se trouve actuellement dans le couloir de la mort de Polunsky Unit au Texas.
Rappelons qu’Hank Skinner a toujours nié depuis 18 ans (!) son implication dans le meurtre de sa compagne, Twilla Busby et de ses deux fils, âgés de 22 et 19 ans et qu’il a eu néanmoins 4 dates d’exécution !

Skinner Texas Wikipedia

Cette fois, çà y est les tests ont eu lieu ! Et le laboratoire privé en Arizona, chargé d’effectuer ces tests mitochondriaux demandés par la défense de Hank Skinner, a divulgué, jeudi 29 août, les résultats qui pourraient disculper Hank, du triple homicide pour lequel il a été condamné à mort en 1995.

Trois cheveux sur les quatre retrouvés dans la main de l’une des victimes, Twilla Busby, appartiendraient à une personne ayant un lien maternel avec elle et avec ses fils qui ont également été tués. Cette nouvelle preuve permettrait d’incriminer Robert Donnell, l’oncle de Twilla Busby, aujourd’hui décédé, qui avait fait des avances sexuelles brutales à sa nièce, une heure avant les meurtres.

A la lumière de ces nouveaux éléments, Robert Owen et Douglas Robinson, les avocats de Hank Skinner ont déclaré que « les doutes sur la culpabilité de Hank Skinner sont bien trop importants pour le laisser être exécuté. »

Pour en savoir plus sur Hank et d’autres qui attendent dans le couloir de la mort… ABOLITION.FR ou sur Dossier Hank Skinner

Un nouvel appel de fonds est probable pour payer des experts pour la nouvelle audience qui se présente comme nous le dit sa femme sur RFI Cliquez ici pour accéder à l’interview

Vous pouvez écrire directement à Hank Skinner à l’adresse suivante mais EXCLUSIVEMENT EN ANGLAIS !
999143 POLUNSKY UNIT
H W HANK SKINNER
3872 FM 350 SOUTH
LIVINGSTON
TX 77351-8580
USA

Merci à vous tous, vraiment merci ! Hank Skinner

Des nouvelles de Hank Skinner et de ses tests ADN…

Voici ce qu’il nous envoie ce 4 avril…

À tous mes chers amis et ceux dont la connaissance me reste encore à faire, mais qui ont néanmoins contribué à notre cause:

Il n’existe pas de mots pour décrire l’amour et la gratitude que je ressens envers vous tous pour vos dons, votre aimable assistance, le soutien et les mots d’encouragement. J’aimerais que mes bras soient assez longs pour vous rassembler tous dans une grande étreinte pour que vous puissiez réellement ressentir à quel point je vous suis reconnaissant !

Cette lutte est longue (+ de 19 ans !), difficile et sombre la plupart du temps. Tant de matins, je suis tellement déprimé qu’il est difficile pour moi de sortir du lit. Donc quand quelque chose de si grand et mémorable se produit, vous tous là-bas qui vous unissez pour m’aider, et nous avons atteint nos objectifs et nous pouvons maintenant continuer les analyses ADN, cela me fait chaud au cœur, revigore mon âme et me donne un nouvel espoir.

Merci à vous tous, vraiment merci !

Hank.

Vous trouverez ici le lien sur son site

Tests ADN de Hank Skinner : What else ?

Pour faire suite à l’appel de Sandrine et Hank Skinner que nous avions relayé le 23 janvier dernier, sachez que cet appel a très bien fonctionné, au-delà même de ce qui était espéré…

Ainsi d’autres tests complémentaires encore pourront être menés.

Sandrine Ageorges Skinner, espère que ces nouvelles analyses pourront enfin l’innocenter !..

Les premiers résultats ADN ont parlé : un profil ADN inconnu a été relevé sur la manche d’un couteau présenté comme l’arme du crime.

Les dernières nouvelles des test ADN de Hank Skinner sur ce lien RFI

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>> La culture carcérale aux Etats-Unis est un véritable phénomène de société.

Incarcération de masse s’il en est : 2,257 millions de détenus aux USA soit 25% de la population carcérale mondiale. Cela représente 1 adulte nord-américain / 100 mais 1 adulte noir / 15 ; 65 000 enfants !

En terme de budget, c’est 6 fois plus que celui de l’éducation.

Yasmine BOUAGGA (Chercheuse en anthropologie de l’EHESS) a mené une étude sur « les conséquences mentales de l’incarcération sur les détenus dans l’Etat du Washington ».

Sur ce lien (france Culture), elle nous explique le système américain , le « super max », l’informatisation sur base de données du « scoring » déterminant les facteurs de risques justifiant de manière bureaucratique l’enfermement en « super max », l’idéologie comportementaliste sous-jacente…

Sur ce même lien, vous trouverez un peu plus loin un interview très intéressant de Daniel ATKINSON (Ethnomusicologue) qui a mené une étude en Louisiane et nous parle notamment de la prison « Angola » de triste réputation où sont précisément enfermés Herman Wallace et Albert Woodfox dont nous vous donnions des nouvelles le 15 février dernier dans notre article Des réponses à nos courriers…
A l’heure où le film « Lincoln » passe sur nos écrans de cinéma, passez voir cette vidéo (17 min) illustrant le travail de D. Atkinson à la plus grande prison du monde « Angola » , passée de plantation esclavagiste à prison… (les clichés ont été pris en « caméra cachée »…)

Mineurs en peines

Enfin, toujours sur ce même audio, un interview bien intéressant également de Lizzie SADIN, photographe qui relate son livre « Mineurs en peines » dont vous trouverez sur ce lien, l’accès à son exposition virtuelle