Ciné Débat « L’homme qui répare les femmes » – Mardi 8 mars – 20H – Juvisy

A l’occasion de la Journée des Femmes, le groupe Nord-Essonne présente le 8 mars le film « l’homme qui répare les femmes » au cinéma Agnès Varda – 37 Grande Rue – 91260 Juvisy dès 20H.

A la suite de la projection, la discussion sera animée par Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France.

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Le film « L’homme qui répare les femmes », c’est l’histoire du Dr Mukwege, citoyen de la République Démocratique du Congo, qui prend en charge les cas des femmes, premières victimes des conflits armés, violences et viols.

 

« Prix Sakharov 2014, le docteur Mukwege est internationalement connu comme l’homme qui « répare » des milliers de femmes violées durant 20 ans de conflits à l’Est de la République Démocratique du Congo, un pays parmi les plus pauvres de la planète, mais au sous-sol extrêmement riche. Il mène une lutte incessante pour mettre fin à ces atrocités et dénoncer l’impunité dont jouissent les coupables. Menacé de mort, ce médecin au destin exceptionnel vit dorénavant cloîtré dans son hôpital de Bukavu, sous la protection des Casques bleus de la Mission des Nations unies au Congo.

 

En novembre 2013, nous avions consacré un post à cet homme exceptionnel (Voir le post sur ce lien).

Dr Mukwege, récompensé pour sa lutte active contre le viol comme arme de guerre

C’est un des thèmes qui nous tient particulièrement à coeur et on ne peut que se réjouir que le Dr Mukwege soit sous les feux de l’actualité !

Le Docteur Denis Mukwege, a été désigné lauréat du Prix de la fondation Jacques Chirac, pour son action en faveur des femmes victimes de viol dans les conflits armés, notamment dans la province du Kivu, en République démocratique du Congo.

Un prix pour ouvrir les yeux !

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Gynécologue et fondateur de l’hôpital Panzi à Bukavu en RDC a donné un interview sur 28 min (arte) que vous pouvez revoir ici.

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Son travail est exceptionnel, sa vision tristement réaliste et ses propos à la fois factuels et mobilisateurs (et devraient l’être bien plus…).

Partout où il y a des richesses minières, il y a usage de viol collectif, commandé, programmé, planifié comme arme de guerre, on ne le dira jamais assez. Et ceci ne concerne pas la seule RDC bien sûr !

Les récompenses attirent les projecteurs sur sa cause, reconnait-il. Les dotations facilitent son action curative.
Mais quid du travail pour enrayer le mal ?
« Comment est-il possible que le monde ne réagisse pas davantage à ce qui représente un déni d’humanité ? se demandait-il encore, mercredi, en débarquant à Paris en provenance de RDC.
Comment est-il pensable que les acquis de la civilisation reculent à ce point et qu’on reste inertes ?
Plus de 500 000 femmes ont été violées au Congo depuis 1996. Avec cruauté et barbarie. Souvent de façon planifiée, organisée, mise en scène. Car il s’agit bien d’une stratégie. D’une arme de guerre. Et celle-ci est d’une efficacité redoutable. »

Ici accès à une carte des forces en présence en RDC

Retour sur la soirée « Mission » au Théâtre de la Piscine

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A hauteur d’homme…

Malgré la neige qui tombait, nous étions très nombreux (300 personnes au moins ?..) à assister à cette représentation de « Mission » ce samedi 19 janvier…

Magnifiquement interprété par Bruno Vanden Broecke, ce texte de David Van Reybrouck écrit en 2007, est inspiré d’entretiens avec de vieux missionnaires du Congo de l’Est qui ont manifestement assistés à la sombre histoire récente de la région.

Sur le ton d’une confidence intime, émouvante et drôle, ce monologue est – au-delà de celui d’un prêtre missionnaire de son temps – celui d’un homme qui fait le point sur sa vie, son engagement, ses découragements.
Et en cela, il nous interpelle sur nos propres engagements individuels, sur notre conscience du monde. (un texte à (re)lire notamment si l’on a raté la pièce…)

De manière symétrique, l’exposé-débat sur les viols de masse en situation de guerre animé par Louis Guinamard à la suite du spectacle, nous interroge sur l’aspect collectif de ces agissements.

La guerre est un cadre d’ivresse de puissance et d’impunité.

Entre viol opportuniste, rituel initiatique ou prise de « butin » octroyé aux vainqueurs du moment… le viol a toujours été et restera probablement toujours un fait tristement « classique » dans les contextes de conflits armés.

Mais certains conflits contemporains se distinguent doublement de ce cadre ; par l’ampleur et par l’intention en établissant le viol à une échelle massive ET surtout en l’établissant en tant que système.

Le viol en tant que système est un acte de guerre plus qu’il n’est un acte sexuel.

Il est la volonté de destruction systématique de l’ordonnancement social existant.
– Il dit aux hommes leur incapacité à protéger leur famille et leur communauté,
– Il dit aux femmes leur incapacité à être maîtresse de leur corps et les condamne par qui elles vont engendrer,
– Il dit à la communauté sa destructuration future et sur un long terme par la marque génétique du « serpent » (le « fils de l’ennemi »… Cliquez sur ce lien pour en savoir plus)
– Il dit la volonté farouche d’humilier, d’anéantir le moral et la société et ce pour longtemps…

Au-delà du pouvoir de domination tristement habituel du viol « ordinaire », il est une atteinte volontaire à la filiation, à la reproduction tant biologique que patrimoniale quand il n’est pas une mort lente inoculée par le sida ou autre MST…

C’est pourquoi ce type de viol massif touche tous les âges : de 3 à 80 ans !
C’est une méthode « moins chère et plus efficace que les balles » pour reprendre les propos d’un médecin de MSF.

Et même si ce sont massivement les femmes (mais pas exclusivement) qui en sont les victimes, l’objet essentiel est la destruction (déstructuration) de la société ou de la communauté dans le but ultime d’un pillage économique.
Le lien est quasiment systématique entre ce système et la présence de ressources énergétiques ou minières abondantes.

Loin d’être culturel, ce phénomène est essentiellement contextuel. Il est nécessairement lié à un contexte précis historique, géopolitique et aussi et peut-être même surtout sociétal.
La place du viol dans le répertoire des violences dépend aussi du moment du conflit (début, en cours, fin) car – en tant que système précisément – il faut le temps à des personnes – qui au départ ne sont pas particulièrement perverses – d’intégrer la perception – voulue par leur hiérarchie et conforté par le système mis en place – que l’Autre n’est plus un être humain.


Comment ce système peut-il perdurer ?

Sans doute faut-il considérer que – par essence, du fait des conditions extrêmes de la guerre – la « fraternité d’arme » des soldats est – pour être vitale pour chacun – indéfectible et plus effective que celles des civils…
Ce faisant, chaque soldat fait comme son camarade et ne dénonce en rien ni son « frère » ni le système qui l’a légitimé. Car quand l’Autre n’est pas humain, est humain celui qui est avec soi, car il devient une partie de soi.

Sans doute faut-il également considérer le silence (non pas celui des armes…) mais celui des populations elles-mêmes. Celui des victimes qui – de peur d’être marginalisées par la communauté – se taisent !
En un renversement du sens (ce qui est finalement récurrent dans bien des contextes…) ce qui est inacceptable devient la norme, et celui qui voudrait dénoncer les faits devient inaudible car devenant « anormal », il devient lui-même fou ou folle ou du moins rejeté par la communauté.

Ainsi les victimes la plupart du temps se taisent comme nous l’a rappelé Louis Guinamard.

Par le déni, par le silence, la banalisation et l’impunité se font normalité.
Là encore, comme souvent, cette volonté de ne pas percevoir est due massivement au « cercle des gentils », à la « majorité silencieuse » qui, en se taisant, participe au déni.

Que faire ?

Amnesty International refuse ce silence, dit clairement ce qui n’est pas banal, choisit de reconnaître ce qui se vit et ceux qui vivent ces situations, dénonce l’impunité, réclame un droit international puissant et sa mise en application, relaye les initiatives heureuses comme celle de l’association BVES (Bureau pour le Volontariat au service de l’Enfance et de la Santé (voir notre précédent article)

Pour aller plus loin :

– Vous trouverez ici, un interview de l’auteur
Sur ce lien, celui de l’acteur
– Là, vous trouverez, un interview de Louis Guinamard
– Ici, vous accèderez au site de l’observatoire international des violences sexuelles dans les conflits armés.

Théâtre : Un fou noir au pays des blancs

Pie Tshibanga 2

A VOIR et A ECOUTER… le samedi 26 janvier à 18H au Théâtre des sources à Fontenay aux roses

Il est des raisons bien différentes les unes des autres de s’exiler en Belgique…

Celles de Pie Tshibanda (écrivain, psychologue et conteur congolais né à Kolwezi, voir wikipédia au besoin) étaient de fuir le Congo, contraint de quitter son pays…

« Un fou noir au pays des blancs » est une palabre politique et humoristique, un témoignage autobiographique drôle et féroce où sont passés en revue l’histoire du Congo, les origines de l’épuration ethnique, les raisons de l’exil, le passage de frontières et de cultures, la demande d’asile, celle du regroupement familial, les chemins de l’intégration… bref où sont évoqués exil et méfiance vis à vis des exilés avec lucidité et regard critique mais aussi bienveillance et tendresse.

Lynsey ADDARIO : Destin de femmes en République Démocratique du Congo

RDC 2 Lynsey ADDARIO

Pour faire écho à nos deux évènements de la rentrée :
la projection du film « Rebelle » le 10 janvier
La fiction théâtrale « Mission » le 19 janvier…

… voici l’accès à une galerie de la photographe Lynsey ADDARIO sur le destin de ces femmes .

Ici le lien avec sa galerie sur la République Démocratique du Congo

En cliquant sur les flèches pour dérouler le diaporama, vous pourrez également avoir accès aux légendes (en anglais) de ces magnifiques photos en cliquant sur « caption »… Bonne visite !

« Mission » au Théâtre de La Piscine le 19 janvier à 20H30

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Le samedi 19 janvier, nous serons associés au théâtre La Piscine de Châtenay-Malabry.

Ce soir-là aura lieu Mission, une fiction théâtrale basée sur les témoignages de prêtres au Congo.
Après la représentation, le public pourra rencontrer Louis Guinamard, journaliste, ayant enquêté sur les violences faites aux femmes en RDC, et auteur d’un ouvrage de référence sur le sujet : « Survivantes ».

Dès aujourd’hui, la réservation est ouverte au théâtre au 01 41 87 20 84, en précisant de la part d’Amnesty International, ou au 06 78 30 22 00.

Les renseignements sur le théâtre sont disponibles sur son site dont voici le lien

Mission est présenté par un comédien seul sur scène, Bruno Vanden Broecke. Le texte de David Van Reybrouck se présente comme un monologue d’un prêtre belge, missionnaire au Congo. Il est écrit à partir de témoignages de plusieurs prêtres et évoque leur engagement, leurs relations avec leurs proches en Belgique, leur insertion au Congo. Apparaissent alors les crises de violence extrême que connaît cette région frontalière du Rwanda.

Louis Guinamard est journaliste. Au cours de deux séjours, l’un en 2006 et l’autre en 2010 de trois mois dans l’est du Congo, il a rencontré longuement les femmes victimes de viols, mais aussi des militants associatifs locaux, des acteurs de la mobilisation internationale, qui tentent d’endiguer l’expansion du phénomène du viol. Le livre qu’il a rédigé à la suite de ces rencontres nous donne à écouter les voix de ses femmes : « Survivantes, femmes violées dans la guerre en République Démocratique du Congo » (Editions de l’Atelier, 2010).

Sur cette vidéo, un interview de Louis Guinamard présentant son livre sur TV5 Monde.

Avec un courage exceptionnel, des femmes prennent la parole pour dire au monde ce qu’elles ont enduré, pour dénoncer leurs bourreaux, membres des diverses milices qui se sont battues à la suite du génocide rwandais de 1994 pour le contrôle de ce territoire riche en matières premières.
La voix de ces femmes est un fil fragile d’humanité par-delà l’indicible. Les écouter, c’est commencer à leur rendre justice.

Le site de l’éditeur offre une présentation du livre, accompagné d’autres extraits d’interview.