Torturés au pays, déboutés en France…

Nous relayons ici le dernier communiqué du Centre Primo Levi…

En réaction au rapport de la Cour des Comptes rendu public mardi 20 octobre et dans le contexte du projet de loi sur le droit des étrangers, le Centre Primo Levi rappelle que parmi les déboutés du droit d’asile se trouvent des personnes qui ont été torturées. Les renvoyer dans leur pays serait, pour la plupart, les renvoyer dans les geôles des dictateurs de ce monde, titre dont Bachar Al-Assad n’a malheureusement pas le monopole.

 

Primo Levi

Le Centre Primo Levi accueille et soigne des hommes, des femmes et des enfants qui ont été victimes de la torture et de la violence politique et qui sont venus trouver refuge en France. Par « torture et violence politique », on entend des violences extrêmes infligées volontairement par un ou des représentants d’un Etat, généralement dans le cadre d’un génocide, d’un régime violemment répressif ou d’une guerre. Contrairement à ce que laissent penser les discours ambiants et les pourcentages d’octroi du statut de réfugié en France, la torture n’est malheureusement pas l’apanage de quelques régimes isolés tels que celui de Bachar Al Assad : d’après le rapport sur la torture publié par l’ACAT en 2014, la torture est pratiquée dans plus d’un pays sur deux.
Or les victimes de la torture et de la violence politique continuent de passer à travers les mailles du filet de l’asile : Eléonore Morel, directrice du Centre Primo Levi, fait remarquer que « 20 à 40% des patients sont déboutés et risquent à tout moment d’être renvoyés dans leur pays ».
Jacques , un jeune Soudanais de 19 ans, en est un exemple frappant. Suite à la mort de sa petite amie dans un accident de voiture dont lui ressort indemne, Jacques est menacé par le père, haut gradé de l’armée, et par ses sbires. Il parvient à fuir mais une fois en Belgique, alors qu’enfin son dossier de demande d’asile est presque prêt, il se fait arrêter et renvoyer au Soudan. A peine sorti de l’avion, il est embarqué par la police et immédiatement envoyé en prison. Les tortionnaires ont trouvé sur les réseaux sociaux les photos de manifestations auxquelles il a participé en Belgique. Pendant plus de deux mois, il sera quotidiennement torturé, violé, humilié, menacé de mort. Une fois libéré, il quitte de nouveau son pays, cette fois pour la France, où il dépose une demande d’asile.

Débouté de cette demande sous prétexte de n’avoir pas assez de preuves pour étayer son récit, il s’enfonce dans la dépression. Aujourd’hui suivi par un médecin et un psychologue du Centre, il vit dans la terreur d’être une fois encore renvoyé dans son pays.
Comment est-il possible que ce jeune homme, comme tant d’autres victimes de torture, puisse être débouté ?

Voici quelques unes des raisons qui peuvent l’expliquer. Tout d’abord, l’un des effets courants de la torture est d’altérer la mémoire de la victime et sa capacité à parler de son vécu : fournir un récit cohérent (qui plus est pour parler de violences dégradantes touchant souvent à l’intime, devant un officier de protection qu’ils peuvent associer à un officier de police) relève presque de l’impossible pour ces personnes, surtout quand elles viennent d’arriver dans le pays d’accueil et qu’elles sont dans une situation très instable, sans prise en charge médico-psychologique. Rappelons ensuite que l’instruction de la demande d’asile à l’OFPRA se fait sur un unique entretien d’une heure en moyenne, doublé en cas de recours à la CNDA d’une audience de moins d’une heure, sachant que le temps de parole du demandeur est encore réduit si la présence (indispensable) d’un interprète est requise. Pour compléter le tableau, les taux d’admission varient considérablement d’un juge à l’autre : d’après une étude réalisée par Anicet Le Pors, juge de l’asile à la Cour nationale du droit d’asile pendant quatorze ans, le rapport est de 1 à 30. Et contrairement à d’autres juridictions du droit commun, il n’y a contre la CNDA aucun appel possible.
La procédure d’asile est loin d’être infaillible, tout simplement parce qu’elle repose essentiellement sur l’intime conviction des hommes et des femmes en charge de l’examen des demandes. De ce fait, alimenter l’image d’un asile prétendument « dévolu » par de « faux » demandeurs d’asile est dangereux ; conditionner l’accueil des « vraies » personnes en besoin de protection au renvoi de celles qui n’y auraient pas droit l’est encore plus.

Primo Levi

Retour sur notre 26 juin… Journée internationale contre la Torture

LE 26  JUIN DERNIER, NOUS ETIONS A LA CROIX DE BERNY 

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Emprisonnés pour avoir dénoncé la torture !

De vraies enquêtes médicales pour les victimes de torture

 

POURQUOI VOULOIR PARLER DE TORTURE AUJOURD’HUI ?

– Parce que trente et un ans après l’adoption de la Convention – et plus de 65 ans après celle de la Déclaration universelle – la torture est non seulement toujours pratiquée, mais elle est même prospère.

– Parce qu’au cours de ces cinq dernières années, Amnesty International a signalé des cas de torture et d’autres mauvais traitements dans 141 pays de toutes les régions du monde.

– Parce que le moindre acte de torture ou de mauvais traitement, même isolé, est inacceptable.

– Parce que trente et un ans après l’adoption de la Convention contre la torture, il est plus que temps de faire en sorte que ces lois et ces normes soient pleinement appliquées, partout dans le monde.

 

MAIS QU’EST-CE QUE LA TORTURE EXACTEMENT ?

ON PARLE DE TORTURE QUAND UNE PERSONNE INFLIGE INTENTIONNELLEMENT À UNE AUTRE PERSONNE UNE DOULEUR OU UNE SOUFFRANCE AIGUË AUX FINS NOTAMMENT D’OBTENIR DES RENSEIGNEMENTS OU DES « AVEUX », OU BIEN DE LA PUNIR, DE L’INTIMIDER OU DE FAIRE PRESSION SUR ELLE.
CES ACTES DOIVENT ÊTRE COMMIS PAR UN AGENT DE L’ÉTAT, OU AVEC AU MOINS UN CERTAIN DEGRÉ D’APPROBATION DE LA PART DE L’ÉTAT.
L’interdiction absolue de la torture est inscrite dans le droit international.

Cependant, aujourd’hui encore les gouvernements continuent de torturer : pour soutirer des informations, faire taire un dissident ou simplement infliger un châtiment cruel.

L’engagement d’Amnesty International sur cette question est historique, depuis plus de 50 ans notre mouvement se mobilise pour faire reculer la torture à travers le monde en dénonçant les pratiques des gouvernements et en apportant aide et soutien aux victimes.

En 1984, Amnesty International a mené une campagne, couronnée de succès, pour l’adoption de la Convention des Nations Unies contre la torture. Trente ans plus tard, nous disposons de puissants instruments juridiques internationaux.
Mais ces dix dernières années, il y a eu une régression alarmante, les États refusent de plus en plus de respecter la Convention et continuent, sans toujours le reconnaître, de se livrer à cette pratique barbare et déshumanisante.
Au cours des cinq dernières années, Amnesty International a signalé des cas de torture et d’autres mauvais traitements dans 141 pays. La lutte contre la torture est toujours d’actualité.
La torture prospère là où les garanties ne sont pas en place ou ne sont pas mises en pratique. Un détenu interrogé sans la présence d’un avocat se trouve dans un environnement propice à la torture ; un centre de détention qui refuse l’accès à des médecins indépendants nie aux victimes le droit de faire recueillir des éléments concernant les lésions qu’elles ont pu subir.
Amnesty International insiste sur le fait que les gouvernements doivent être à la hauteur de leurs promesses et respecter le droit international. Comme l’interdiction à l’échelle mondiale de la torture n’est visiblement pas suffisante, Amnesty International agit aujourd’hui pour exiger des États la mise en place de garanties permettant d’empêcher concrètement la torture et d’y mettre un terme.

ET SI VOUS AVIEZ LE POUVOIR DE CHANGER L’HISTOIRE ? >>> Change the story

Bonne nouvelle !! Nigeria : Moses Akatugba gracié.

Le groupe des « Hauts de bièvre » comme tant d’autres groupes d’Amnesty International s’était largement mobilisé pour Moses Akatugba, ressortissant nigérian.

Arrêté à 16 ans, Moses a été torturé par la police nigériane puis condamné à mort sur la base de ses « aveux » obtenus sous la contrainte. Le gouverneur vient publiquement de le gracier et l’a annoncé sur sa page Facebook.

Moses Akatugba © HURSDEF

Moses Akatugba © HURSDEF

IL RESTAIT 3 JOURS AU GOUVERNEUR POUR SE PRONONCER

Le 1er octobre 2014, le gouverneur de l’État du Delta a répondu à la pression de milliers de personnes demandant justice et liberté pour Moses Akatugba, en déclarant : « le processus de libération est en cours ».

Le seul point de blocage était un appel en cours : « Pour que nous puissions continuer, cet appel doit être retiré ».

Depuis, Moses a effectivement retiré son appel. Et cependant, sa situation reste inchangée. Moses a fêté ce mois-ci son 26ème anniversaire, son 10ème depuis qu’il est en prison.

Après huit ans à la tête de l’État du Delta, le gouverneur Emmanuel Uduaghan va quitter son poste vendredi prochain. Il lui restait trois jours pour tenir son engagement et libérer Moses.

REPORTAGE AU COEUR DU CENTRE PRIMO LEVI : 19 octobre 20H France 5

REPORTAGE AU COEUR DU CENTRE PRIMO LEVI

Primo Levi

Le Centre Primo Levi a été créé en 1995 par la section française d’ Amnesty International, Médecins du Monde, l’Action des Chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), Juristes sans frontière et l’association Trève. Le Centre Primo Levi est aujourd’hui la plus importante structure en France spécifiquement dédiée à l’accueil et aux soins des personnes victimes de la torture et de la violence politique réfugiées en France.

Association loi 1901, reconnue d’intérêt général, elle accueille chaque année plus de 300 personnes originaires de 46 pays différents. Ces personnes bénéficient d’une prise en charge psychologique, médicale mais aussi d’une aide sociale et juridique.

On estime que plus de 125 000 personnes victimes de torture et de violence politique sont aujourd’hui réfugiées sur le sol français. Rescapés de massacres, victimes de violences physiques et psychologiques inimaginables, ils ont été contraints à fuir leur pays, laissant tout derrière eux, et sont parvenus jusqu’en France au terme d’un parcours souvent long et chaotique. Mais ils ne sont pas pour autant arrivés au bout de leurs peines : exclus des politiques de santé publique, très souvent déboutés du droit d’asile, victimes des préjugés et des amalgames faits par une grande partie de la population française, ils vivent ici dans une situation d’isolement et de précarité extrême.

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L’émission « Torture, soigner l’innommable » paraîtra en cinq épisodes courts (dont deux sur le Centre Primo Levi) du 13 au 17 octobre à 13h40 sur France 5, puis sera diffusée en intégralité dimanche 19 octobre à 20h sur la même chaîne.Pour la première fois, une émission grand public a décidé de montrer cette réalité : sollicités par l’équipe du Magazine de la Santé (France 5), le Centre Primo Levi et le Centre Osiris, tous deux consacrés au soin et au soutien de personnes victimes de torture réfugiées en France, ont ouvert leurs portes aux caméras.

Ne ratez pas ce rendez-vous unique !

En savoir plus sur le Centre Primo Lévi

Dans l’enfer des prisons secrètes…

Voici un reportage de 17 minutes assez exceptionnel, tant peu d’anciens prisonniers de Guantanamo ne s’expriment après leur libération, un reportage donc réalisé par Marc Perelman, diffusé sur France 24 que vous pouvez voir et revoir en cliquant sur ce lien

La « guerre contre le terrorisme » – décrétée par George W. Bush – qui a suivi les attentas du 11 septembre 2001 a broyé des vies, comme celle de l’Italien d’origine marocaine Abou Elkassim Britel.

Restitution FR 24

Arrêté au Pakistan en 2002, il est livré aux services secrets américains, avant d’être transféré au Maroc.
Accusé d’appartenance djihadiste sans aucune preuve, il passe 9 ans en prison. S’il est désormais libre, pour lui rien ne sera jamais plus comme avant.
Cet homme a vécu les fameux vols secrets de la CIA également dénommés programmes de « restitution » et la détention secrète.

Il nous parle à l’occasion de la prison de TEMARA, centre de détention et de torture dont l’existence est niée par le gouvernement marocain et dont Zacharia MOUMNI nous parlait lors de l’Assemblée Générale d’Amnesty France à St Brieuc…

Le désarroi de cet homme nous rappelle les propos de Sibel Agrali, directrice du centre Primo Levi , qui à cette même AG, mettait l’accent sur les séquelles psychologiques très insidieuses…

On pourra relire utilement l’article du Monde daté du 01/02/2013 « Vols secrets de la CIA » : sept ans de prison pour l’ancien chef de la CIA en Italie